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1790-91 : entente cordiale entre la Révolution et l’Eglise

"Patience, monseigneur, votre tour viendra !" La confiscation des biens du clergé, vue par Letourmi, en 1789.

"Patience, monseigneur, votre tour viendra !" La confiscation des biens du clergé, vue par Letourmi, en 1789.

(Fonds ADL.)

16/05/2011
Promulguée le 24 août 1790 avec la sanction de Louis XVI, la Constitution "civile" du clergé organise les rapports entre l’Église et la France nouvelle. Dans le Loiret, cette réforme est approuvée par la majorité du clergé et des fidèles.
Un seul culte subventionné. Sans être antireligieuses, les réformes de l’été et de l’automne 1789 atteignent l’Eglise : suppression de l’ordre du clergé, abolition des droits féodaux et de la dîme, mise des biens religieux à la disposition de la nation… Elles entraînent un réexamen des liens entre l’Etat et l’Eglise, afin de les conformer aux principes révolutionnaires. Le 13 février 1790, la Constituante supprime les voeux monastiques. Le 12 juillet, elle vote la Constitution "civile" du clergé qui aligne, sans passer par le pape, l’édifice religieux sur le nouvel ordre politique. Les diocèses sont calqués sur les départements. Le diocèse d’Orléans perd la moitié de la Sologne mais reçoit une partie de Gâtinais, détaché du diocèse de Sens, et le Giennois, pris sur celui d’Auxerre supprimé. Les paroisses devant compter 6 000 âmes, leur nombre est réduit. Orléans passe de 25 à 6 paroisses.

Sans être proclamé religion nationale, le catholicisme est le seul culte subventionné. Les évêques et les curés sont des fonctionnaires salariés de l’État, élus par les citoyens dits "actifs", payant un impôt équivalent à dix jours de travail, pratiquants ou non. L’évêque reçoit l’investiture canonique de son archevêque, les curés de leur évêque. N’attaquant pas le dogme, la Constituante ne croit pas toucher au spirituel et sollicite l’approbation du pape. Pie VI, qui a déjà condamné en consistoire secret la Déclaration des droits de l’homme, adopte une attitude dilatoire. Lasse d’attendre, la Constituante, par le décret du 27 novembre, impose au clergé "institué" de prêter serment à la Constitution "civile" dans les deux mois.

Ralliement massif. Dans le haut-clergé, l’évêque d’Orléans, Mgr Jarente d’Orgeval, est l’un des sept évêques du royaume à prêter le serment. Dans le bas-clergé, alors que les régions de l’ouest et de l’est comptent 80 % de "réfractaires", le Loiret se distingue avec plus de 90,4 % de "jureurs". À l’exemple de son évêque, la grande majorité du clergé du Loiret ne se pose pas de questions théologiques. Prêter serment, c’est obéir à la loi sanctionnée par le roi et pouvoir continuer son ministère, d’autant que le traitement d’un curé passe de 700 à 1 200 livres et celui d’un vicaire de 350 à 700.

Quelques prêtres exaltent la Révolution. Dès le 1er janvier, le curé de Fontenay-sur-Loing affirme devant ses paroissiens son "approbation à une Constitution qui va faire le bonheur de la France et rendre au clergé sa piété primitive, à notre religion sainte la pureté des premiers siècles de l’Église". Dans une lettre datée du 18 avril 1791 au vénérable de la Loge de Blois, Mgr de Jarente écrit que "la Constitution civile du clergé n’a rien qui puisse embarrasser la conscience éclairée d’un honnête homme" et se félicite de contribuer à "la paix dont on jouit à Orléans et dans le département à l’ombre de (ses) opinions religieuses".

Une vie religieuse intacte. La majorité de prêtres restant à leur poste, la population est satisfaite de voir continuer les gestes religieux traditionnels et l’exercice coutumier du culte. Le 23 janvier, en la cathédrale, la prestation du serment de l’évêque a lieu en grande pompe, devant la garde nationale, en présence des autorités de la ville et du département. Le 31 janvier, la municipalité orléanaise maintient dans les chapelles succursales des paroisses la grand-messe et les vêpres, dimanches et fêtes, pour "les citoyens accoutumés à trouver les moyens de satisfaire leur piété". Et les fêtes civiques s’accompagnent toujours de cérémonies religieuses.

Le diocèse d’Orléans est l’un des moins désorganisés par les débuts de la Révolution. L’ordination de prêtres continue : 10 en 1789, 10 en 1790, 13 en 1791... Mais la condamnation de la Constitution civile par Pie VI, en mars-avril 1791, la radicalisation rapide de la Révolution, la montée des périls extérieurs et des résistances intérieures provoquent bientôt la rupture entre la Révolution et l’Église.

J-M. Flonneau





Rédigé par Gwenaël Cuny

mise à jour le 17 mai 2011