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Tritsch "Papillon I" huile sur toile |
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Artiste, il l'est intensément avec la passion et la sincérité qui en sont la condition même. Une main, un œil, un cœur. Addition plus rare qu'on ne croît.
Voici donc un moment de sa vie, tout en pulsion viscérale, tout à l'ivresse des jeux subtils de la couleur, de la puissance charnelle des tons qui s'accordent pour parler une langue mystérieuse destinée aux seuls quelques uns capables de l'entendre. Il s'y complaît avec une joie visible, et comme enfantine, émerveillé de ce que lui suggère la nature et qu'il transpose en sonorités graves ou violentes, en une musique qu'il faut savoir écouter sans se poser de question.
Il y a deux sortes de peintures : celle où la lumière vient du dehors et baigne les choses, celle où elle émane de l'intérieur même du tableau par la qualité des tons et le miracle de leurs rapports. Les chefs-d'œuvre abondent dans les deux sens.
La peinture de Pierre TRITSCH appartient à la seconde catégorie, mais avec étrangement une inclination vers le clair-obscur, vers le mystère des plages d'ombre, des plaques de nuit. Toute œuvre complète, comme toute vie réussie est une longue marche vers une totalité. Ainsi il se pourrait bien qu'il faille percevoir dans cet appel du clair-obscur la présence secrète d'une spiritualité qui vient apporter une dimension supplémentaire aux seuls sortilèges de la couleur. "
CHAPELAIN-MIDY
" Ces œuvres dont les couleurs illuminent des noirs veloutés sont rarement vues dans une exposition. Mais surtout, cette exposition sera l'occasion de voir pour la première fois " journal pour une ombre " une série de gravures formant une espèce de journal intime, dessiné au jour le jour, comme un contrepoint graphique aux mémoires d'un écrivain.
Poème pour une ombre, c'est une sorte de journal pictural fait de gravures dans lequel les mots se superposent, se tronquent, se profilent, perdent leur sens de mots et acquièrent celui de pictogrammes en se mêlant aux formes et aux graphismes. La chose n'est pas nouvelle. La tapisserie de la Reine Mathilde à BAYEUX ne procède par d'autre façon. Elle raconte, à qui sait déchiffrer sans chiffre, l'histoire fondatrice, le sacrifice, la gloire et la mort. Ces livres sans mots montrent la part d'ombre que chaque être porte en soi. Mais il s'agit ici du journal d'un peintre, de son humeur, de ses états d'esprit, de sa " confession ". La part d'ombre n'est pas forcément inavouable, mais elle est profondément révélatrice lorsque, comme ici, elle est avouée par le peintre, et de quelle manière ! C'est avec une grande émotion que l'on pénètre dans cette confidence où tout est révélation. Joies et peines, désirs et détachement, ironie, le souvenir obsédant de l'art du Moyen orient qui baignait son enfance, les ors et les formes pures, carrés, rotondes et cônes, les stries noires qui ont également inspiré HARTING et SOULAGES, tout cela transparaît à qui sait décrypter les signes. D'autres choses resteront cachées parce qu'encore plus profondes, plus personnelles s'il en est. Le temps passe si vite. Et la solitude si lente, mais si féconde. Quel travail plus solitaire que celui de l'artiste ? Un travail si étrange qu'on a de la peine à le concevoir, un travail touchant aux racines même de l'humanité, un travail de grandeur et d'humilité, mêlant la plus intense mégalomanie à la perception de sa propre relativité, et le plus grand désir de pureté, du moins dans l'expression de son art. TRITSCH, c'est tout cela et tout cela se révèle dans ce livre conçu pour les gens qui ne savent pas lire, ce livre sans mots, gravé sur la chair d'un papier aux blancheurs voluptueuses. Ce journal ne se lit pas mais se ressent, profondément, magiquement. Les peintres, les vrais peintres, sont des enchanteurs, et les sorts qu'ils nous jettent en éclaboussements de couleurs et de formes, sont des philtres d'amour.
Marc ANCKAERT
