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Cara Costea "La Cour du Jardin 90" huile sur toile |
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Si je parle autant de ce curieux village, à propos de CARA COSTEA, c'est qu'il y a son atelier de peintre et, surtout, c'est que sa peinture est aussi singulière en notre époque que les papillons de MEREVILLE. Chaque création de CARA COSTEA conjugue un dessin rigoureux à une matière charnelle qui ne doit rien au hasard et s'anime de couleurs qui font frémir, bouillir ou chanter ses toiles comme le sang d'une émotion transfigure un visage et fait battre le cœur. Cet alliage de rigueur et de baroque, de sensualité tenue en lisière par une construction maîtrisée, ressemble à ce peintre, né pendant les " années folles ", d'un père roumain et d'une mère beauceronne : l'art de CARA COSTEA est fait d'envolées levantines et de classicisme.
Par son sang beauceron, il a le goût linéaire de l'espace, plaine ou plage à marée basse, prolongée à l'infini et qui se confond au ciel avec, pour rompre l'angoisse du vide, pour l'humaniser, un grouillement oriental de personnages massés, baigneurs ou musiciens, amoncellement de bateaux dans un port, foule d'un terrain de sport, rassemblement chaleureux qui cerne l'immensité et dont les personnages, tous spectateurs, évoque à la fois l'attente d'un événement et la contemplation d'un horizon que la composition rend important. Cet appel du large, cette obsession de l'horizon où se lève et se couche le soleil - principe de vie - est apparente jusque dans la position favorite des personnages de CARA COSTEA : presque tous, notez-le, qu'ils soient debout, assis ou couchés, nous tournent le dos ou nous dérobent leur regard ; ce qui nous vaut, entre autres, de voluptueuses femmes callipyges qui opposent à la sensualité violente de leur nudité offerte, le regard détourné, excitant, de la pudeur.
Même notion de masses humanisant le vide dans ses compositions végétales : enchevêtrement de forêts dont chaque élément rompt un vide. Pour CARA COSTEA, une forêt est un désert peuplé de feuilles.
Je ne suis qu'une profane de la peinture mais il me semble que ce qui différencie CARA COSTEA de presque tous les peintres contemporains, c'est qu'il possède à la fois, une culture et un métier. Ce fils de médecin transita par le collège STANISLAS, les Beaux Arts et la Grande Chaumière, qui partit, à vingt trois ans, sur les traces de GAUGUIN dans un TAHITI qui n'était pas encore un club de vacances, soumet son inspiration à un véritable travail de délivrance. Travail de construction et d'harmonie qui contrôle les effets du hasard. Ne vous y trompez pas : sous la liberté apparente, sous la désinvolture, le dessin est, pour CARA COSTEA, le squelette indispensable d'une composition, la matière en est la chair et la couleur, la sève qui l'anime.
Je n'ai jamais vu CARA COSTEA autrement que dans les gestes de son métier, un éternel carnet de croquis dans la poche, la main caressant les formes du monde et, dans son visage léonin, les yeux mi-clos qui enveloppent d'un même regard, la croupe d'une femme ou le versant d'une colline.
Débutant, il peignait sombre. Sa palette s'est réchauffée. En 1991, le CARA nouveau est arrivé. C'est une symphonie de cuivres, de soleil et de sève jaillissante où les rouges de la passion montent au front de l'espace. Nous aimons cela. "
Geneviève DORMANN
" Pour moi, en effet, il y a trois choses fondamentales en matière d'art :
- Le dessin, et la composition qui sont le squelette de l'œuvre ;
- La matière, qui enveloppe, qui en est la chair et sa peau ;
- et la couleur, qui y circule comme une sève, et qui en est le sang. "
Philippe CARA-COSTEA
