Fleury
"Sainte-Cécile, le Soir"

huile sur toile
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Peinture
POUR LUCIEN FLEURY SE PLAISANT DE PEINDRE

" Les temps sont révolus de la domination dure des minimalismes et conceptualismes à travers lesquels a trop longtemps sévi une punition infligée par critiques et esthéticiens à la peinture, au désir de peindre, au désir tout court. On a du moins le droit de l'espérer, car depuis plusieurs années déjà, en Europe mais aux Etats-Unis aussi (surtout sur la côte Ouest), assez de manifestations apparaissent de ce désir et du plaisir qu'il véhicule et exprime. L'étau de l'œuvre obligatoirement " maigre ", privée de physis, se desserre. La transposition tautologique des concepts se pouvant mieux dire en paroles commence à laisser plus de place que pendant les vingt dernières années à la peinture parlant de son propre langage.
Lucien FLEURY est de ceux qui animent cette nouvelle donne de l'art de notre époque. Je le connais depuis très longtemps, depuis ces " siècles " qu'Itzhak GOLBERG a évoqués dans son texte pour son exposition de 1997 en cette même galerie ; depuis cette lointaine période des MALASSIS où, s'il est bien vrai que les soucis éthiques (ou idéologiques) marquaient son travail, ils laissaient toutefois se dégager dans ses toiles individuelles le souci d'une élaboration formelle tendre et exacte, la quête d'un sens donné par des moyens purs perçants l'anecdote.
C'est des toiles tendres et lyriques de cette époque lointaine ; puis de celles où des " cris d'appel " se doublant de cris d'amour soulignaient le désir de peindre comme " forme " du désir d'amour ; puis du choix temporaire d'un silence méditatif : c'est de toutes ses expériences que le cheminement de Lucien FLEURY a été fait. Jusqu'à ces œuvres récentes où le plaisir de peindre des choses simples et concrètes et l'amour de ces choses fusionnent intimement.
L'œil du peintre accompagne les objets qu'il représente en une véritable plongée érotique. Ces formats qu'il privilège, ces rectangles très allongés, provoquent une prise immédiate et intense des œuvres par le regard. La relation que Lucien FLEURY a su instituer entre leurs petites dimensions et leurs formes particulières expose à une forte appréhension tactile la pâte, charnelle et éclatante, d'une peinture expressive de par sa tension formelle animée d'évidence par une joie de peindre libre de toute censure.
Dans sa présentation de l'édition italienne de l'Histoire de l'Impressionnisme de John REWALD, Roberto LONGHI celui qui a retrouvé CARAVAGE pour notre époque - avait écrit que l'on n' " explique " pas une peinture, on lui accorde " une réponse parlée ".
De quelle réponse sommes-nous débiteurs devant ces paysages, ces fruits, ces poissons, toutes ces choses quotidiennes serrées, tendues ; cadrées de prés dans leurs espaces, capturant nos regards heureux de cette capture.
Ma réponse est celle de l'acceptation de ce à quoi ces œuvres nous invitent : un bonheur immédiatement perçu, que l'intensité vitale dont les choses représentées ont été chargées nous offre grâce à une peinture anti-puritaine se riant des diktats de l'esthétique courante. "

ANTONIO DEL GUERCIO - Professeur d'Histoire de l'Art Université de Rome

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