Né fripé, ridé à la fin de ses jours, la vie de l'homme
se résume à l'intervalle entre deux froissures.
Sur son lit de douleur ou de plaisir les draps
forment une savante résille de plis et de replis.
Son amour propre ne se révèle à lui que lorsqu'il
est froissé, comme les drapés des peintures de
la Renaissance révèlent les formes qu'elles sont sensées
cacher. La terre même, froissée par le jeu de la tectonique,
montre, au fond des mers et sur la terre ferme,
ses rides hercyniennes comme pour justifier les nôtres.
L'écrivain insatisfait froisse sa feuille blanche,
et la jette à la corbeille.
Mais dans les froissures surgissent des formes qui
s'assemblent en un bestiaire secret.
Batailles hérissées de lances et d'arabalètes,
insectes aux pattes lustrées sur lesquelles
la lumière vient jouer, les froissures sont des fêlures
dans le temps d'où tout mon subconscient s'épanche.
Il s'échappe par ces mille portes ouvertes.