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Une heureuse surprise.
C'est un beau jour de juillet 1984 que Rolf Wahl,
un ornithologue passionné de rapaces, a rencontré
pour la première fois et par hasard les balbuzards
pêcheurs au Ravoir dans le massif de Lorris de
la forêt d'Orléans : " J'allais sur le rivage
pour observer les aigles bottés et j'ai entendu
" Piouc-Piouc ". J'ai regardé dans le ciel et
j'ai vu deux balbuzards, dont un avec une branche.
J'ai prévenu un ami et le lendemain on a découvert
le nid. "
Depuis, le nombre de balbuzards venant nicher
à cet endroit de la forêt n'a cessé de croître
: au total une douzaine de sites de nidification
ont été relevés, mais pour l'instant seuls 7 couples
donnent chaque saison de un à trois petits. Une
heureuse surprise car ce grand migrateur était
seulement connu en France pour quelques nids sur
la côte corse. La croissance continue de son effectif
dans notre département (plus d'une quarantaine
de naissances depuis 85) fait véritablement de
la forêt d'Orléans le berceau du balbuzard en
France.
Un nid de 200 kilos.
Plusieurs acteurs de l'environnement se sont immédiatement
mobilisés à l'annonce du retour du rapace. L'Office
National des Forêts a interdit tous travaux d'exploitation
forestière à proximité des sites de nidification
et l'association des Naturalistes Orléanais a
entamé une campagne d'observation pour mieux connaître
le mode de vie de ce superbe oiseau. En presque
15 ans de suivi du balbuzard en forêt d'Orléans
une somme conséquente d'informations a été amassée.
Cette année, le couple du Ravoir est le premier
à débarquer sous nos latitudes autour de la mi-mars.
Peut-être à cause de la douceur de l'hiver, le
mâle a fait son apparition environ une semaine
plus tôt que sa femelle. A peine arrivé, le couple
déploie une activité frénétique pour réparer son
nid abandonné pendant de long mois ou pour en
construire un autre. Pour favoriser son implantation,
les forestiers aménagent des aires artificielles
très fréquemment adoptées par les rapaces. Celles-ci
sont toujours situées au sommet de grands pins
isolés. Elles peuvent mesurer plus de 75 cm de
hauteur, 2 m de diamètre et peser plus de 200
kg.
Sur un écran de télévision.
Pour construire leur nid, le mâle et la femelle
se livrent à de spectaculaires opérations d'élagage
en piquant de tout leur poids pour les casser
sur des branches mortes de pin sylvestre ou de
chêne qu'ils rapportent ensuite dans leurs serres.
Après l'accouplement, la femelle ne quitte presque
plus le nid et c'est le mâle qui la nourrit quotidiennement
d'un ou deux poissons fraîchement pêchés dans
la Loire ( à 4,5 km) ou plus rarement dans les
étangs voisins. Elle pond ensuite de deux à quatre
oeufs qu'elle couve pendant une quarantaine de
jours.
Pour la première fois cette année, il sera possible
aux ornithologues professionnels ou amateurs de
pénétrer dans l'intimité des balbuzards du Ravoir
avec une caméra installée dans un arbre au-dessus
de leur nid. Grâce à 3 km de fibre optique, il
est possible de commander cette caméra à distance
et d'étudier en direct l'activité des oiseaux
sur un écran de télévision situé dans la maison
forestière d'Ouzouer aménagée spécialement par
l'ONF.
Un atout touristique.
A l'initiative du projet, les Naturalistes Orléanais
souhaitent faire du balbuzard une sorte d'ambassadeur
Nature de la forêt d'Orléans. C'est ce qu'explique
leur directeur Jean-Louis Pratz : " On va récolter
des informations qui vont nous permettre de mieux
construire nos animations pédagogiques autour
du balbuzard. D'abord parce que ce rapace est
peu connu du grand public, il ne mange que du
poisson et a donc une relation forte avec le milieu
aquatique et notamment la Loire. Enfin, il ne
niche que dans les très vieux pins, ce qui pose
la question de l'exploitation de la forêt et la
préservation de la bio-diversité."
Cette présence du balbuzard pêcheur en forêt
d'Orléans peut aussi constituer un atout pour
le tourisme local. Des membres de l'Institut de
Recherche pour le Développement d'Orléans travaillent
actuellement sur cet aspect, pour François Baillon,
ornithologue à l'IRD : " C'est une espèce qui
n'est pas en concurrence avec les activités humaines
comme la pisciculture. Elle fournit un but de
promenade dominicale en forêt et l'on peut l'observer
en famille puisqu'on trouve ici tout l'équipement.
C'est comme un parc animalier, sauf que là les
animaux sont en liberté".
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