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Un cri rauque et puissant.
La piste du cerf, Daniel Levert, la connaît par
coeur. Passionné par la photographie animalière,
il est capable de passer des heures en planque
pour immortaliser un instant fugace de la vie
d'un cerf. Le hasard associé à un certain flair
et à une patience de fer lui a permis de réussir
quelques somptueux clichés. Surtout à la période
du brame, de la mi-septembre à la mi-octobre.
En effet, c'est le moment de l'année, le plus
propice à l'observation de cet animal. D'habitude
très discret, le cerf, alors en plein rut, est
facilement repérable à l'oreille par son cri rauque
et puissant. Des sorties sont d'ailleurs régulièrement
organisées par l'Office national des forêts et
la Maison du cerf de Villeny (Loir-et-Cher). Créée par
le Groupement d'intérêt cynégétique du Cosson
en 1993 dans un but pédagogique, cette dernière
propose aux visiteurs de découvrir tous les aspects
de la vie du cerf au travers notamment de splendides
photos et de passionnantes vidéos.
Une belle frousse.
Pendant le brame, le cerf amoureux n'hésite pas
à "croiser les bois" en des combats spectaculaires.
Technicien forestier à l'ONF, Gérard Dupuy raconte
que " l'an passé, on en a retrouvé un mort à la
suite d'une bagarre. Il s'était pris un coup d'andouiller
qui lui avait transpercé le crâne. C'est rare
car les cerfs arrivent généralement bien à se
jauger et battent en retraite dès qu'ils se sentent
inférieurs à leur adversaire ".
Plutôt craintif, le cerf n'est pas un animal
dangereux. "Bien sûr, comme l'indique Dominique
Lancelot, responsable de la Maison du cerf, il
peut être menaçant au moment du brame où lorsqu'il
est acculé dans une chasse. Des gens ont déjà
été blessés par un cerf, embrochés. Moi-même,
je me suis fait charger un jour par un grand mâle.
J'en ai été pour une belle frousse. Mais, il s'agissait
plus d'une marque d'agacement que d'agressivité.
Ce qu'il faut, c'est garder ses distances."
Près de 3 500 têtes.
Le vrai danger est plutôt celui couru par les
automobilistes qui, faute de dompter le tigre
de leur moteur en traversant la forêt d'Orléans
ou la Sologne, risquent fort de se retrouver avec
un cerf sur leur capot. Si donc par malheur ou
imprudence, vous heurtiez un cerf, sachez qu'un
bracelet blanc doit être posé à la patte de l'animal
écrasé par un technicien de l'ONF ou un lieutenant
de louveterie. Il vous sera ensuite permis de
l'emporter pour votre consommation personnelle.
Une sorte de dédommagement.
Selon le réseau "cervidés/sangliers" de l'Office
national de la chasse et des Fédérations de chasse,
50% du territoire du Loiret dont environ 80 %
de la superficie boisée sont occupés par le cerf.
En 1994, l'effectif était estimé à 3 500 têtes.
Le prochain recensement doit avoir lieu en 1999.
Des indices appelés bio indicateurs, relevés périodiquement,
constituent aujourd'hui la méthode essentielle
de dénombrement. Ils reflètent fidèlement l'évolution
de l'effectif et de l'équilibre population-milieu
de vie.
Une population à gérer.
Plus grande forêt domaniale de France, la forêt
d'Orléans regroupe un nombre de cerfs que l'ONF
cherche à faire diminuer. "On a tendance à être
au summum de ce qu'on peut accueillir, explique
Gérard Dupuy. Le problème vient du fait que les
animaux se nourrissent au détriment de leur biotope.
Nous, on ne peut plus planter de chênes car ils
sont systématiquement mangés." En Sologne, on
trouve une densité de 7 à 8 cervidés aux 100 hectares.
Pour Dominique Lancelot, "c'est excessif. Notre
objectif, celui du GIC du Cosson, est d'arriver
à 5-6 aux 100 hectares".
Créé en 1989, le GIC du Cosson qui s'étend sur
8 000 hectares, à cheval sur le Loiret et le Loir-et-Cher
a pour but essentiel de gérer la population de
cervidés en maintenant une densité compatible
avec le milieu naturel et l'activité agricole
et sylvicole. Pour ce faire, l'outil principal
de gestion est le plan de chasse annuel. Il stipule
le nombre maximal de cerfs pouvant être prélevés
pendant la saison par les chasseurs, chaque animal
tué étant marqué à l'aide d'un bracelet d'identification.
Un symbole de résurrection.
Terre bénie pour les cerfs, le Loiret recèle de
magnifiques vieux cerfs de près de 200 kg arborant
de splendides ramures. "En forêt d'Orléans, avoue
Gérard Dupuy, le plus vieil animal tué avait 15
ans et demi comme cela a été déterminé grâce à
l'usure des dents du maxillaire inférieur". Touffes
de poils qui se détachent lors de la mue de printemps,
frottis, écorçages ou abroutissements sur les
arbres et arbustes, excréments appelés fumées,
empreintes sont les traces qui marquent la piste
du cerf.
Si la chance
vous sourit, vous trouverez peut-être de superbes
parures car tous les ans, entre février et mai,
chaque animal perd et refait ses bois qui sont
en fait de l'os et non de la corne. "Pour eux,
remarque Dominique Lancelot, c'est un moment difficile,
douloureux. Ils ont besoin de tranquillité".
"Autour des ramures de cerf, il y a une sorte de
légende, de magie, précise Gérard Dupuy. Leur
chute et leur repousse symbolisent la survie de
l'âme après la vie." Cette croyance païenne a
été récupérée par l'Eglise avec Saint Hubert.
Elle remonte au temps des gaulois et de Cernunnos,
le dieu coiffé de bois de cerf. Mais, toujours
selon Gérard Dupuy, "ce genre de trouvaille est
rarissime".
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