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L’opinion publique loirétaine sous Vichy

Visite de Pétain à Orléans, le 7 mai.

Visite de Pétain à Orléans, le 7 mai.

(Cliché Robinard)

26/06/2012
Dans le Loiret occupé, l’opinion publique accepte le régime de Vichy. Mais sous le poids de l’occupation et les difficultés de la vie quotidienne, elle se détache du régime dès 1941. Et soutient majoritairement la Résistance au printemps 1944.
Un exode massif. En mai-juin 1940, la déroute militaire entraîne la débâcle, l’exode de huit millions de Français paniqués. Dans le Loiret, que les Allemands occupent dès le 16 juin, la population se sent abandonnée et tombe dans la demande obsessionnelle que "le cauchemar prenne fin".

Nommé président du Conseil, le maréchal Pétain, prestigieux vieillard de 84 ans, appelle le 17 juin à cesser le combat et signe, le 22, un armistice. L’opinion commune approuve l’armistice et accepte le régime personnel charismatique et autoritaire de Pétain. Sans renoncer à deux constantes de l’opinion : le germanophobie et l’anglophilie. Cette ambivalence de l’opinion se révèle dès l’automne 1940...

De la fracture... L’opinion se sent plus concernée par les exigences allemandes que par les enjeux de la "Révolution nationale". Elle est troublée quand Pétain rencontre Hitler, le 24 octobre à Montoire, puis s’engage dans une collaboration que l’Allemagne n’exigeait même pas, escomptant seulement neutraliser et piller la France… Elle interprète le renvoi de Laval, le 13 décembre, comme un abandon de la collaboration, espérant que Pétain joue double jeu. Mais Pétain poursuit la collaboration. Dès le printemps 1941, l’opinion se réfugie donc dans un attentisme attentif.

En juillet 1941, le sous-préfet d’Orléans note que les paysans, catégorie pourtant choyée du régime et vivant mieux qu’en ville, "sans qu’ils soient partisans de M. de Gaulle, souhaitent avant tout la libération du pays". En août 1941, un commissaire de police écrit que "la majorité de la population continue à fonder ses espoirs sur une victoire de nos anciens alliés". D’ailleurs, le 12 août, dans un discours théâtral, Pétain dénonce "le vent mauvais qui se lève dans le pays". En novembre, selon le préfet, le public, "étant très généralement anti-occupant, (se réjouit) des difficultés éprouvées par l’Allemagne". Seule la présence des troupes d’occupation empêche l’opinion de manifester son non-consentement, voire sa contestation.

... à la rupture. Rappelé au pouvoir en avril 1942, Laval qui "souhaite", le 22 juin, la victoire de l’Allemagne, accroît l’impopularité du régime dans une opinion qui, après les premières défaites allemandes en Russie et en Afrique du Nord, ne tient justement plus cette victoire pour inéluctable. L’évolution du conflit mondial, l’invasion de la zone libre en novembre 1942, l’émotion suscitée par les rafles contre les juifs, transforment l’attentisme-refuge en un attentisme critique. La rupture est irréversible. Au printemps 1943, l’aggravation de la collaboration avec le STO, la transformation de Vichy en Etat policier avec la Milice sapent l’image de Pétain. Selon le sous-préfet de Pithiviers "sa figure semble passée dans l’histoire et ne plus avoir d’action immédiate".

L’opinion, épuisée, attend la libération avec impatience. Mais non sans inquiétude, car elle appréhende la guerre civile et les combats. Le 7 mai 1944, le passage de Pétain à Orléans semble encore entouré de ferveur ; mais beaucoup saisissent l’occasion pour chanter la Marseillaise à la barbe des occupants ! La Résistance bénéficie de plus en plus de la complicité active ou silencieuse de l’opinion. En février, pour le préfet "le mouvement de résistance (est) généralement approuvé quand il ne fait que s’opposer aux forces d’occupation", mais "le terrorisme" et les "actes de sabotage" sont désapprouvés par une population qui a "le goût de l’ordre"... En août 1944, l’explosion de joie, expression d’un immense soulagement, estompe momentanément des ambivalences qui seront à l’origine de certaines désillusions de l’après-guerre.

J-M.Flonneau




Rédigé par Alexandre Varagic

mise à jour le 7 juin 2012